vendredi 12 novembre 2010

Chronique 32 : La brésilianisation de la culture - une autre géopolitique.

La brésilianisation du monde est une thèse défendue dans " la peste et l'orgie". Nous pouvons y souscrire et nous en distancer, car la critique du post-modernisme est souvent une manière arrogante de maintenir sa propre supériorité. Ce n'est pas en dénonçant la superficialité, et les arrangements de classe que l'on peut donner à comprendre la nature du monde. Qu'au brésil la peste soit cette immense pauvreté qui se résorbe avec peine, et que l'orgie se tienne dans un carnaval dont seuls ceux qui n'ont pas fréquenté une Ecole de samba peuvent mettre en avant la frivolité en oubliant la profondeur, est sans doute une image juste, forte, mais trompeuse.

Il y avait un nord-sud, celui-ci disparaît dans un vaste melting-pot urbain. Le nord est le sud sont partout et il est devenu un dessous et un dessus. En dessous un cosmopolitisme fixé, inquiet, douloureux et exacerbé. Au dessus un cosmopolitisme nomade, léger, qui pique ici et là les tendances de ses nouvelles passions. Des cultures qui se forgent dessous dans le creusé de l'immigration, et les arbitres des élégance qui sont dessus et font traverser leurs choix à travers les océans.

La Brésilianisation du monde n'est pas un modèle qui s'exporte, mais le modèle même du monde. Un modèle qui lie le flux des population à la production culturelle. Un modèle de l'espace social qui organise le rapport des mégalopoles à ses provinces, dans une vaste digestion.

Depuis des années un courant en marketing promeut une approche culturelle de la consommation. Ce qui est un véritable progrès, enfin on prend au sérieux non pas que la consommation dépendent de la culture, mais que cette consommation est elle-même une culture. C'est sans doute ce qui motive de nombreux auteurs à réclamer de Michel de Certeau dont l'oeuvre agaçante,  car mal écrite et pédante, a su cependant triompher avec cette belle intuition que la culture est l'affaire de chacun, que chacun s'arrange avec les bribes culturelles et « bricole » pour reprendre le terme qui tient toute la pensée de Certeau, ce qu'il consomme comme manifestation de son identité. Il y a du Giddens avant Giddens, et en dépit d'un travail de terrain inachevé, une obsession raisonnable.

Oui la consommation est une forme de culture, oui la consommation est le lieu de création des cultures contemporaines, oui la culture s'exprime dans le jeux du hasard de la création des formes et de leur appropriation, oui la culture de la consommation permet de répondre à la nécessité sociale de l'identité : comment appartenir et comment se distinguer d'un même mouvement.

Mais le monde de la consommation ne se limite pas au consommateur. Il est le monde des consommateurs qui sont beaucoup plus nombreux que ce que l'on a cru. A travers le monde, dans les mégapoles principalement puis progressivement autour dans leurs zones d'influence, se répandent les cultures de la consommation. Pas une, mais de multiples cultures. Il est temps d'en tracer une géopolitique. Celle-ci se devine dans les trajectoire du rock et de la pop, elle est plus manifeste dans les mouvement de la mode, elle fleurit dans les réseaux sociaux et les usages de télécoms. Inutile d'en faire l'inventaire, mais indispensable d'en résumer les mouvements.

Le premier se joue dans les flux de l'émigration qui amène des millions de pauvres astucieux à converger dans les quartiers populaires des centres urbains. C'est le nordestin à Sao Paulo, un malien à Paris, un marocain à Bruxelles, une indonésienne à Dubai, des chinois partout dans le Monde, ce pakistanais à Londres, le Kurde à Francfort, un Haitien à NY, il est difficile d'énumérer de manière complète ce réseaux à double face, de destinations et de points de départ. Il fait cependant se concentrer dans des mégapoles de plus de 10 millions de personnes, une population en peine de travailler légalement, en peine de se loger raisonnablement, qui pour les équilibres précaires entre la survie, les dettes aux passeurs, la famille restée au village, les pressions de l'état d'accueil, la peur de la police,  se prête aux trafics, à l'informel, aux arrangements qui débordent largement les règles en vigueur. Dans ce foyer où des dizaines de culture se rencontrent et trouvent dans la survie un champs commun, le tissage culturel est à l'oeuvre et produit d'iles en iles dans ces océans urbains, des formes neuves, parfois étincelantes, vibrantes souvent. Musique, peinture, costume, sports aussi qui appartiennent de plus en plus au monde de l'art et de la culture qu'à l’ascèse aristocratique et olympique. On ne dira jamais assez la force culturelle de l'exode rural.

Le second mouvement se joue dans les villes et ses couches moyennes. Employés, journalistes, avocats, jeunes cadres, étudiants, traders, commercants, artistes, designer, une population large en mal d'identité car trop pauvre pour assurer son indépendance, trop riche pour se croire opprimée, cherche justement dans la consommation à affirmer moins ses valeurs, que ses singularités. Elle bénéficie d'ailleurs de l'esprit de tolérance que la démocratie lui instille, cela lui donne la liberté de glaner dans les quartiers métissés des éléments de nouveauté. Les provinces restent traditionnelles partagée entre une bourgeoisie soucieuse de son patrimoine et des classes populaires qui défendent entre la chasse et la bière, ou le vin, une façon d'être ensemble, bien accrochée à son clocher ou sa salle des fêtes.

Le troisième mouvement se joue la-haut, dans cette sphère cosmopolite qui circule d'un mégapole à l'autre : les dirigeants, les universitaires, des politiques, beaucoup de responsables d'Ong, les industries culturelles, des écrivains, les entrepreneurs. Cette fraction minuscule de la population qui voyage, juge, écrit, diffuse l'opinion, et se livre sans vergogne au trafic culturel, amenant là des formes qui semblent avoir un succès ici, et fait que parfois la mode d'une capitale devienne celle du monde. La culture pour eux est un gagne pain qui a pour nom l'innovation. Moins que la richesse, la valeur de l'élite se fait dans l'invention. Plus que l'invention, l'innovation. Car il faut la chose et son marché, les inventions sont trop risquée.

Vient alors un quatrième mouvement. Dans les studios de télévision, les journaux, dans le ballet de la rue, les formes d'ailleurs nourrissent les quartiers et fournissent de nouveaux modes d'identité. Les reality show, les novelas, les Nike et quelques autres Pop stars, inondent les quartiers du monde, de forme apparemment neuves, mises en scène dans un décors d'argent, de gloire, de beauté. J'aurais toujours été frappé que dans les corons de mon enfance ce soient les enfants des arabes qui écoutaient la Soul, aujourd'hui ils donnent les rappers les plus incisifs. Parfois ce quatrième mouvement sembler traverser le monde sans passer par la stratosphère. C'est le cas du Kuduro, du Rai, le Jazz autrefois... . Mais semble-t-il la plus part suivent ce chemin. Le porno populaire c'est fait chic. Et le chic sans doute en fait désormais une forme de culture qui n'a plus à se réfugier aux abords des gares, les motels de l'amérique latine et les production de Dorcel en sont des accomplissement. La pop japonaise fait des dégats en asie et ailleurs. Pensons juste au manga. Dans ce grand mouvement du mode, on doit se demander pourquoi dans la culture de la consommation la musique, les drogues et le sexe tiennent le haut du pavé. Le mouvement est cependant bien plus général, il conduit pour l'alimentation à une perpétuelle dégradation. La pizza, le couscous, le kebab, le sushi, en marquent les vagues successives. Le chic se popularise. 

Il y a naturellement un effort fantastique à faire l'étude de ces quatre mouvements. Etudes empiriques pour en établir le fait, études théorique pour en dégager les moteurs, mais surtout en analyser les conséquences. Cette écologie de la culture qui se joue dans un double double mouvement, mouvements horizontaux et verticaux, loin d'uniformiser, semble produire sans cesse le renouvellement et l'extension des formes de la culture et de la consommation. Ce qui vient d'ailleurs puis ce qui s'exporte, pour traverser le monde travers la hauteur de l'édifice social, montant par infiltration mais descendant par les escaliers de la propagande. 

Oui donc à cette idée que la culture de la consommation est aussi celle de la consommation de la culture, non à cette idée qu'elle correspond à une fragmentation, une relativisation, à une post-modernité. 

Elle suit une écologie, une économie, dont la structure est discernable. Elle suit le mouvement des migrations, elle s'amplifie dans les télécoms. L'émigré envoie des message au village, les classes moyennes sympathise avec les ghettos, les cosmopolites s'inventent des médiocrités, et donnent aux villages du monde l'espaces de leurs rêves. Les classes sont plus que jamais présentes, et si elle ne s'affrontent pas toujours dans le champs de la consommation elles empruntent l'une à l'autre les raisons de leurs identités. La lutte des classes est symbolique, les uns s'emparant des autres.
La brésilianisation du monde, ne serait donc pas le miroir brisé des identités, la peste et l'orgie, mais la mise en place tranquille, ordonnée d'une vaste économie symbolique dont les flux épousent le contour des grands mouvements économiques.

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