lundi 14 novembre 2011

Chronique 39 : les petites mains du marketing


Le monde du marketing et de la communication a des contours assez insaisissables. Nous savons tous que les grands médias n'en constituent plus le terrain de jeu et que ce que par dédain, ou par ignorance, l'ensemble du hors média a été désigné tel pour représenter une plèbe grandissante qui représente aujourd'hui les deux-tiers des dépenses de publicités. De la fabrication d'un stand pour un salon, au routage des millions de courriers du MD, du façonnage des packaging à la production de sac de conférences, des centres d'appels aux officines d'études qualitatives, des fabricants d'enseignes lumineuses aux agences événementielles, des concepteurs de sites web aux courtiers en adresse, ce sont des dizaines de milliers d'entreprises qui travaillent pour le compte d'un nombre très réduit de donneurs d'ordre que l'on compte au mieux en centaines.

Ces contours ne se retrouvent dans aucune organisation. On donnera à l'OHM le mérite de fédérer ces métiers qui s'organisent autour de l'impression, qu'elles soit sur du papier, du carton ou du tissu et englobe ceux du marketing direct mais aussi ses formes digitales – le monde de l'imprimerie depuis longtemps intègre le digital dans ses chaines....On citera l'AFRC, AACC, SNCD, l'IREP, il n'y a pas qu'une organisation qui représente l'ensemble de ces métiers et elles se superposent en partie. Il faudrait y ajouter ceux qui n'engagent aucune activité industrielle simplement cet engagement du corps de la voix et de l'automobile, évoquons des commerciaux dont le nombre d'emploi est au delà de la plupart des industries. Un million?

Que les catégories statistique reflètent pas ou mal, cette activité économique fondamentale qui a pour but non seulement de mettre sur le marché des biens et des services attendus mais d'ajuster ce qui est proposé à ce qui est souhaité, est une évidence. On célèbre la consommation, et on célèbre la production, on reconnaît parfois que l'acheminement des bien et des services est important, on reste dans le mépris de ces milles petits métiers qui ajustent l'offre à la demande, et représente très probablement 10 à 20% de l'ensemble de l'économie et sans doute bien plus si l'on conçoit que la valeur ajoutée se forme aussi dans le commerce. Les petites mains du marketing sont l'essentiel de notre économie.

Les marchés véritables ne sont pas liquides. La finance rêve de cette liquidité qui fond en un clic une maison de maître dans un lot de containers mais le monde réel de ce que l'on mange, de ce qui nous transporte, de ce qui nous abrite, de se qui nous réconforte, de ce qui nous soigne, de ce qui nous assure, de ce qui nous protège, de ce qui nous fait rêver, de ce qui nous grandit, de ce qui nous élève, de ce qui réchauffe et de ce qui nous instruit, ce monde n'est pas conduit par l'illusion d'une main invisible mais par l'action visible d'une multitudes de métiers qui œuvrent à faire connaître les solutions à milles problèmes, à découvrir les désirs, à mettre dans un juste rapport ce qui est demandé à ce qui est offert. Les marchés réels sont d'une grande viscosité et leur réalisation demande un effort considérable. Cet effort est le travail de cette industrie.

Une industrie aujourd'hui doublement menacée. Par la technologie et le désastre de la finance, sans doute plus par le désastre de la finance que par la technologie qui ne fait que rebattre les cartes, et change les manières de faire connaître, de séduire, et de distribuer des biens et des services nouveaux qui correspondent à des besoins nouveaux.

Quelques centaines de donneurs d'ordre pour une cascade de dizaines de milliers d'entreprises définit une situation de marché dont on comprend clairement les conséquences : les premiers fixent les prix des seconds et réduisent leur marge à néant. Les premiers peuvent s'ajuster aux marché en payant le prix du lubrifiant, les seconds perdent les moyens de faire face à l'évolution des formules de lubrification. Notre économie est une grande mécanique qui exige pour que ses composants s'accordent une débauche de fluide. Sans main invisible, sans dieux, et sans grand planificateur, n’espérons pas nous passer de ces lubrifiants.

Soyons plus explicite en ne prenant qu'un exemple. L'imprimerie modeste de province qui voit ses volume baisser car ses donneurs d'ordres ne souhaitent plus éditer un même prospectus dans de grande quantités, mais en varier le contenu quartier par quartier. Cette entreprise comprend qu'il ne suffit pas de produire à moindre coût mais d'apporter une capacité nouvelle à personnaliser. Le digital ne la menace pas par un effet de substitution , le donneur d'ordre ajoute a ses prospectus des e-mail à ses client fidèles, ils coûtent si peu que la substitution est faible. Son problème est financier, il lui faut remplacer ses machines, et être en mesure de produire des prospectus personnalisés. Le digital est une chance, car si elle s'équipe de ces machines, elle obtiendra les compétences pour aussi, en plus, envoyer des documents personnalisés aux porteurs de cartes de fidélité. En passant à l'impression numérique, c'est une nouvelle activité qui va venir et être maitrisée. Mais encore faut-il être en mesure d’acheter ces nouvelles machines, de former les ouvriers, d'embaucher des spécialistes de gestion de fichiers, de mettre en œuvre des logiciels nouveaux, des interfaces. Et cela demande un capital qu'elle ne possède pas forcement, leurs profits sont structurellement faibles et l'innovation évidente peut simplement être hors de portée.

L'innovation n’est pas affaire d'esprit, d’intelligence de créativité, c'est une question de capital. Qui va prêter ? La situation actuelle est que les banque ne prêtent plus. Le déséquilibre structurel qui pèse sur les prix interdit au petites mains de l'industrie de la communication de financer sur leur propres ressources les moyens de l'adaptation. Et au moment même où il est nécessaire d'ajuster au mieux la demande à l'offre, ceux qui peuvent le faire sont dans l'incapacité d'offrir à leur donneur d'ordre les moyens nécessaires.

La technologie bouleverse les marché, de nouvelles manières de communiquer mettent en cause d'autres plus anciennes, mais le problème n'est pas dans cette substitution évidente dans sa globalité, mais dans l'incapacité des acteurs qui peuvent apporter de bonnes solutions à obtenir les moyen de les offrir. L'industrie de la lubrification des marché risque simplement de s'assécher, les nouveaux lubrifiants ne trouveront pas preneurs, les lubrifiants traditionnels perdent leur efficacité, et c'est l'ensemble des marchés qui risquent de se bloquer.

Il n'y aura pas de nouvelles espèces qui vont se substituer aux anciennes. Les vieilles espèces sont mourantes, et les nouvelle risquent de devenir embryonnaires. Cette situation risque de créer de longs déserts. Il est besoin dans ces industries que les donneurs d'ordre favorisent les industries en transition, c'est une priorité pour les gouvernants de l'économie de donner les moyens à cet espace particulier de l'économie de retrouver sa pleine efficacité.

Avant de penser à créer de nouveaux désirs pour de nouveaux objets, il va falloir penser faciliter les vieux désirs pour des objets du désir que l'on a pas encore posséder. Les industries de la communication ont cette fonction, donner au désir fragile la force d'une nouvelle expansion. Les petites mains du marketing sont prêtes à ce travail, digitales ou typographe, manuelle ou conceptuelle, elles demandent dans leur doigts ou leur nerfs l'impulsion qui fasse du marché une belle rencontre.

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